Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

"Lignes de temps", un logiciel pour l'analyse de films

image Jeudi 7 décembre a été présenté au Centre Pompidou le logiciel Lignes de temps développé à l'initiative de Bernard Stiegler (Institut de Recherche et d'Innovation). Son nom est inspiré de la timeline des logiciels de montage. C'est un outil de repérage extrêmement puissant destiné à l'analyse de films sur support numérique. On dispose du découpage de l'oeuvre séquence par séquence, plan par plan. Ceux-ci peuvent être annotés. Les fonctions du logiciel sont développées au fur et à mesure à la demande de critiques de cinéma qui s'en sont emparés. Il est possible par exemple d'ouvrir deux fenêtres pour comparer les deux séquences successives du même trajet que fait deux fois le même personnage dans Où est la maison de mon ami de Kiarostami. Apparaissent alors les jeux de répétition et de dissemblance. Dans la première séquence le personnage est dans l'image dès le début du plan alors que lors du second trajet il est souvent hors-champ comme si les lieux, que le spectateur désormais connaît, l'attendaient. Il est possible aussi de visionner successivement des épisodes qui interviennent à des moments différents dans le film. Ce que le spectateur perçoit, mais sans pouvoir toujours s'en apercevoir est mis à jour grâce à l'usage de ce logiciel. Une entrée dans le détail du film est ainsi rendue possible. Elle est comparable à l'agrandissement en photographie, qui révèle, comme nous l'a appris Blow up, ce qui était présent mais imperceptible à une autre échelle. En indiquant sur une ligne de temps la présence d'un personnage, en y faisant figurer l'occurrence de tel ou tel dispositif formel, il devient possible de saisir quelles sont les structures du film.

Outil d'analyse, Lignes de temps se veut aussi un outil de rendu, c'est-à-dire de présentation d'une analyse critique réalisée sur un film. Jusqu'à présent, les critiques écrivaient, ils écriront toujours sans doute, il leur est possible d'insérer toutes sortes d'annotations. Mais l'outil qui permet au lecteur d'une interprétation de voir les parallèles, d'appréhender les dispositifs formels et leur organisation procurent à ces critiques, aux cercles d'amateurs, d'autres ressources sans doute extrêmement fécondes.

La présidentielle, élixir de jouvence

Alors que, dans certains cas de disparitions, les services de police ont recours à des logiciels qui simulent le vieillissement, la campagne présidentielle est l'occasion pour plusieurs candidats d'expérimenter la machine à rajeunir. Dans un contexte où les deux principaux protagonistes sont de fringants quinquagénaires piaffant à l'idée d'entamer leur premier tour de piste, la compétition paraît ardue pour les deux vétérans: Arlette Laguiller, 67 ans, et Jean-Marie Le Pen, 78 ans, déjà présents en 1974, à l'ère paléozoïco-giscardienne, qui entament leur sixième match.

Qu'à cela ne tienne, avec leurs nouvelles affiches, les deux candidats contredisent le discours selon lequel l'âge ne fait rien à l'affaire et ont au contraire demandé à la photographie un sérieux coup de pouce. Côté Lutte ouvrière, le trucage est simple et économique: on reprend le portrait de la présidentielle de 2002, déjà plus de la première fraîcheur à l'époque, on demande à Photoshop un petit coup d'atténuation supplémentaire, et le tour est joué. L'image jouxte l'adverbe "sincèrement", avec lequel elle jure un peu, mais on ne va pas s'arrêter à de si minces détails.

Au Front national, la mise en scène est plus complexe. Entraînant en une souriante farandole les six acteurs de la campagne d'affichage "Droite/gauche, ils ont tout cassé", Jean-Marie Le Pen vise, de l'aveu même de sa fille Marine, responsable stratégique de la campagne, le rajeunissement. Cette prise de vue en studio à l'éclairage savamment dosé a fait l'objet d'une retouche attentive. La dynamique de l'image et sa chromogénie apaisante cherchent leur inspiration du côté de la série des "Martine", célèbres albums de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, qui forment assurément un gage de jouvence. Mais la photographie ne peut truquer que les apparences. Malgré ces images lénifiantes qui ne rassurent que les candidats, on devine que la tâche va cette fois être rude pour les seniors de la présidentielle.