La rhétorique de l'innovation nous entraîne à associer le nouveau aux évolutions tonitruantes, aux déplacements majeurs. Mais la nouveauté se construit à bas bruit, d'un ensemble de déplacements discrets, souvent presque invisibles. Accéder en différé, de manière simple et gratuite, à deux extraits du flux télévisuel n'est pas un bouleversement primordial. Et pourtant, j'ai bien l'impression que ça change tout. Visionner une séquence du JT de la veille a mobilisé l'enchaînement suivant: 1) RSS + blogs, 2) plate-forme collaborative, 3) consultation et comparaison des extraits, le tout sans sortir du web, dans des conditions d'efficacité et de confort remarquables, dont je n'aurais même pas imaginé la possibilité il y a trois ans. Le plus surprenant, c'est que je n'ai pas eu l'ombre d'une hésitation sur la procédure, pas le moindre doute sur l'accessibilité en ligne de ces enregistrements. Combien de temps m'a-t-il fallu pour assimiler ce nouvel usage? Quelques semaines peut-être, deux mois tout au plus. Ce matin, je le constate, c'est déjà un reflexe. Et c'est à ce moment précis, celui où le nouveau n'est plus nouveau, mais déjà acquis, que je remarque qu'il s'agit d'un nouvel usage. J'essaierai de consigner au fur et à mesure ces déplacements mineurs, dont la somme fait la matière du changement et qui me semblent beaucoup plus significatifs que les prophéties de tremblement de terre médiatique. Tout autre signalement est le bienvenu.

Références