Extraite d'une réunion à Angers, la séquence, sous-titrée, date du 21 janvier et concerne une proposition qui n'a pas été reprise depuis par la présidentiable dans un discours public. Son envoi constitue à l'évidence un coup bas dans le cadre de la primaire socialiste, dont le style comme la méthode rappelle deux autres précédents: la séquence extraite du documentaire de Pierre Carles sur Pierre Bourdieu, sobrement titrée: "Royal est de droite" (voir ci-dessous), apparue le 29 septembre, mais aussi l'enregistrement sonore du meeting du Zénith le 27 octobre, qui faisait entendre les huées adressées à la candidate. Ces documents ont été envoyés sous couvert de divers pseudonymes sur le même canal, selon une procédure identique (au lieu de venir enrichir un "vrai" compte, où l'on peut consulter d'autres documents, comme c'est habituellement le cas sur la plate-forme de partage de vidéos, les séquences anti-Royal sont caractérisés par une ouverture de compte qui se limite à l'envoi du document, et qui s'interrompt ensuite). En outre, tout comme la séquence sur Bourdieu, la vidéo d'Angers a été tronquée et remontée.

image “Qui a enregistré Ségolène Royal au Zénith?” s'interrogeait déjà Daniel Schneidermann sur le Big Bang Blog. Le ou les auteur(s) de ces tentatives de déstabilisation devront désormais prendre garde à ce que leur répétition ne mette pas les curieux sur leur piste. En remontant le fil chronologique fourni par les moteurs d'archivage des blogs, on constate par exemple que Blogger ou Technorati situent la première occurrence mentionnant la vidéo d'Angers, le 8 novembre vers 18 heures, sur le site de soutien à Laurent Fabius, Laurent Fabius 2007. D'autres accusent un "élu angevin proche de Dominique Strauss Kahn".

L'emprunt d'une tactique familière aux campagnes électorales américaines, mais encore peu usitée en France, a rencontré d'abord un vrai succès. La mise en ligne de ces divers documents, aussi surprenants les uns que les autres, a suscité un crescendo de réactions et de commentaires (voir ci-dessous). Cependant, dans le contexte de la précampagne socialiste, l'usage de ces méthodes est aussi particulièrement dangereux et risque fort d'être contre-productif. Appliqué à l'espace exigu de la triangulaire, le vieux principe des feuilletons policiers - à qui profite le crime? - équivaut à une signature en bonne et due forme. Si l'on fait le compte de toutes les peaux de banane, des photos people de Closer aux huées du Zénith en passant par la résurrection du Rainbow Warrior, on constate: 1) que ces tentatives de déstabilisation ont pour point commun une approche très en-dessous de la ceinture du combat politique; 2) qu'elles penchent toutes d'un seul côté. Mis à part le dégât collatéral de l'évocation du navire de Greenpeace, qui touchait également Laurent Fabius, Ségolène Royal reste la principale sinon la seule cible de ces attaques nauséabondes. Outre qu'elle met en lumière le fair-play du camp ségoliste, exempt de tout dérapage, une telle pratique du cynisme politique rappelle de bien mauvais souvenirs. Le militant de base s'interrogera-t-il sur le bien-fondé de porter ses suffrages vers un candidat pour lequel la fin semble justifier tous les moyens? On le saura dès la semaine prochaine.

Références:

Edit du 20/11/2006: correction des liens brisés - Lire la suite: