Outre l'abondance du matériau autorisée par cette temporalité plus longue et ce qu'elle permet de saisir dans le détail des options, de leurs déclinaisons et de leurs articulations, il est évident que la qualité même de l'exposition des candidats change ici du tout au tout. C'est probablement avec l'entretien de Bayrou que l'on peut le mieux apercevoir à quel point c'était le raccourcissement de la parole politique qui avait fini par la rendre ennuyeuse et peu crédible, quand sa présentation au long préserve sa complexité, éloigne de la langue de bois et, en redonnant un contenu aux programmes et une perspective aux projets, leur confère un caractère souvent passionnant. Sans oublier une autre dimension restituée par la durée: une forme différente de relation au politique, par définition plus attentive et plus respectueuse de l'expression comme de la personnalité des candidats. Au final, on ne peut éviter de s'interroger: comment est-il possible que ce qu'on a vu sur le web ou sur la TNT n'ait pas été diffusé par une grande chaîne publique? Les responsables des programmes vont-ils prendre conscience de ce hiatus et proposer d'autres formats? Comment la droite gouvernementale va-t-elle combler ce qui apparaît désormais comme un déficit d'exposition qualitative? Comment l'existence de ces temporalités disparates va-t-elle pouvoir être prise en compte, mesurée et comparée durant la campagne officielle? La réponse à ces questions montrera comment les nouveaux médias contribuent à faire bouger le paysage du principal rendez-vous électoral français. Qui a dit qu'on allait s'ennuyer?