image Les éditions du Patrimoine annoncent la parution de L'Image sans qualités. Les beaux-arts et la critique à l'épreuve de la photographie, 1839-1859, par Paul-Louis Roubert.

L’annonce de l’invention de la photographie sous la forme du daguerréotype, en 1839, est un événement capital qui place la société au coeur d’une ère nouvelle pour l’art, dans laquelle une image synonyme de précision, de vérité et d’invulnérabilité met en crise face au public tout un pan de la représentation fondée sur la figuration et l’imitation des formes du visible. Rapidement, des petites scènes de genre, des portraits, produits par des artistes tels que Meissonier jettent le trouble sur l’utilisation d’un outil que la critique n’acceptera jamais mieux que maintenu dans le rôle non pas seulement de la «petite maîtresse» (selon le mot de Baudelaire en 1855), mais aussi dans celui de l’«humble servante» (comme l’écrit Gautier en 1857), celle qui opère en coulisse et n’est jamais visible sur la scène. Durant deux décennies on assiste à des affrontements, des polémiques où sont entraînés critiques et théoriciens – Gautier, Baudelaire, Janin, Delécluze, Töpffer… –, mais aussi peintres et sculpteurs – Ingres, Clésinger, Delacroix, Meissonier, Courbet, Gérôme…

Au-delà de la suspicion entretenue à l’endroit de certaines œuvres présentées au Salon des beaux-arts, se révèle pour la critique d’art la véritable crainte, qui affecte jusqu’à son exercice même, de voir s’imposer auprès des artistes comme de la foule le modèle de création mécanique et automatique véhiculé par le daguerréotype. Ainsi à partir de 1839 se pose la question de l’évaluation d’un art contemporain de la photographie, dans laquelle menace non pas l’assimilation de la photographie à l’art par une élite, mais celle de l’assimilation de l’art à la photographie par le public. Ce livre retrace la naissance d’un affrontement dans lequel une image jugée sans qualités au regard de l’art contraint malgré tout ce dernier à se redéfinir.

Éditions du Patrimoine, 176 pages, 39 €.