Didier Rykner détaille les procédés qui permettent de réunir une illustration à moindres frais: réaliser soi-même les clichés, obtenir des autorisations de courtoisie des musées, s'appuyer sur le droit à l'information pour les articles d'actualité, etc. Parmi tous ces expédients, le principal consiste à poser la borne chronologique des matières examinées à l'aube du vingtième siècle, ce qui permet d'éviter de tomber sous la coupe du droit d'auteur (régi par la règle des 70 ans après la mort), où l'exercice du passe-droit est à peu près impossible. A mon tour, j'explique que cette option, pas plus que l'emploi des documents promotionnels procurés gracieusement à l'occasion des événements d'actualité, ne sont malheureusement du ressort d'une revue scientifique comme Etudes photographiques. Interrogé sur les raisons qui ont conduit à interrompre l'édition en ligne de la revue en juin dernier, je peux pour la première fois expérimenter le caractère pédagogique de cette mesure choc. Il paraît en effet inenvisageable de réunir annuellement un budget qui serait celui que nous consacrons à chaque numéro multiplié par dix ou par vingt. Tel serait le montant imposé par l'usage qui s'est répandu parmi les grandes collections patrimoniales et qui subordonne les utilisations en ligne au paiement d'un abonnement renouvelable chaque année. Ce système ne condamne pas seulement l'édition internet d'Etudes photographiques, mais celle de n'importe quelle revue illustrée à caractère savant, comme en témoigne la version en ligne de La Revue de l'Art sur le portail Persée, publiée sans son iconographie. Personne n'a souligné le scandale que représente le choix auquel ont dû se résoudre les éditeurs: dans une revue scientifique, l'illustration n'est pas un élément décoratif, mais bien l'objet même de l'analyse. Que dirait-on d'une revue de mathématiques dépouillée de ses équations, d'une revue de poésie débarassée de ses citations, ou encore d'une revue de sociologie caviardée d'un paragraphe sur trois?

Au final, un consensus semble se dégager sur l'idée que, les images étant des objets réels qui existent dans le temps et dans l'espace, l'assurance d'un financement du domaine public est la meilleure manière d'en préserver l'effectivité. Mais on aura aussi noté la difficulté, pour les institutions nationales, de percevoir la réalité des déplacements aujourd'hui à l'oeuvre. En restant attachées aux points de repères traditionnels de l'exercice éditorial, comme la qualité de reproduction ou la notion d'activité commerciale, elles se montrent peu à même d'anticiper les mouvements dont on aperçoit dès aujourd'hui la dynamique, et qui vont dans le sens d'une relativisation ou d'un brouillage de ces critères.

Emission: "Minuit/dix", 07/10/2006, 00h10-01h00; podcast: http://radiofrance... (rss); itpc://radiofrance... (iTunes).