Programme

Vendredi 20 octobre 2006
Incarnations, mémoires & images
Présidence: Christine Buci-Glucksmann (Université Paris 8)
9 h - François SOULAGES, "Le corps contemporain".
10 h - Louise MERZEAU, "Photographies numériques: pour un espace public de la mémoire".
11 h - Gérard WORMSER, "Émotion, rétention et focalisation, les trois temps de l'image".

Femmes, hommes & intimités
Présidence: Pedro San Ginès (Université de Grenade)
14 h - Christine BUCI-GLUCKSMANN, "Les métamorphoses du féminin : Orlan, Cindy Sherman, Mariko Mori".
15 h - Catherine COUANET, "Le corps intime de la femme: signifiant politique et objet d'exposition photographique en Occident".
16 h - Rachida TRIKI, "L'image politique du corps: une stratégie de l'intime".
17 h - Christian GATTINONI, "Traductions et transferts du corps politique".

Samedi 21 octobre 2006
Cosmopolitismes, démocraties & événements
Présidence: Rachida Triki (Université de Tunis)
9 h - Marc TAMISIER, "La photographie comme principe cosmopolitique".
10 h - Bernard LAMIZET, "Sémiotique politique du corps dans l'événement".
11 h - Daniel BOUGNOUX, "La photographie, dispositif démocratique?".

Génocides, totalitarismes & quotidiens
Présidence: Daniel Bougnoux (Université de Grenoble)
14 h - Soko PHAY-VAKALIS, "Rwanda : les images suspendues d'Alfredo Jaar".
15 h - Pedro SAN GINES, "La construction d'un mythe : autour de l'image photographiée de Mao".
16 h - Mark SEALY, "Race et représentation (Rotimi Fani-Kayode)".
17 h - Serge TISSERON, "Le grand écart".

Argument

Pourquoi et comment la photographie transforme-t-elle les corps photographiés et les corps photographiables, bref les corps de tous les êtres humains, en corps politiques, souvent malgré eux? Et quels sont les effets de cette transformation sur les corps, sur la politique et sur la photographie?

La photographie n'est pas qu'une aventure individuelle, privée et intime; elle est aussi une pratique politique, publique et extime. C'est ce qui se joue dans les usages de la photographie (contemporaine) sans-art et de la photographie dans l'art (contemporain), dans leurs productions/créations, médiatisations/donations, communications/expositions, et consommations/réceptions. La photographie est donc habitée par cette double tension: à la fois politique et individuelle, publique et privée, intime et extime, à la fois art contemporain et sans-art. C'est ce double "à la fois" qui caractérise la photographie, d'autant plus qu'il s'articule à d'autres "à la fois" photographiques: à la fois le référent et le matériau photographique, à la fois le "ça a été" et le "ça a été joué", à la fois l'événement passé et les formes, à la fois le réel et l'imaginaire, à la fois la trace et le tracé, à la fois l'irréversible et l'inachevable, etc… C'est eu égard à ces "à la fois" qu'avec la photographie les corps sont politiques, que les corps & leurs images peuvent être interrogés, que la photographie et la politique se dialectisent, que la philosophie politique et l'esthétique sont articulées.

La photographie sans-art et la photographie dans l'art produisent cette politisation et cette publication des corps et de leurs images. Et ce, depuis que la photographie existe; mais, aujourd'hui, avec une autre force, avec d'autres moyens, avec d'autres dangers. Les photos d'Abou Ghraib en Irak en sont exemplaires, l'absence de photos de corps du 11 septembre 2001 aussi: publication, censure et politique de la photographie des corps. Par ailleurs, la photographie des corps et de leur sexualité peut conduire à des esthétiques qui ne sont pas sans rappeler ce qui se reconnaît de politique dans les rapports des sujets sexués, entre eux et le pouvoir. En explorant et en exploitant la photographie et ses dispositifs, les artistes (contemporains) travaillent ces problèmes, ces tensions et ces "à la fois" et proposent des méditations et des questionnements essentiels sur les corps politiques et/car photographiques.

Un des enjeux est donc la liberté des corps, de leurs images et de leurs représentations et, corrélativement, le contrôle, la surveillance et l'assujettissement du corps politique et social. En effet, pourquoi et comment la photographie peut-elle être utilisée tantôt comme critique du pouvoir sur les corps politiques, tantôt comme outil de ce pouvoir, tantôt comme pratique interrogeant du lieu de l'art les corps politiques, les corps et les politiques? Ainsi le problème "Qu'est-ce que la photographie?" engendre les problèmes "A qui appartient un corps?", "Quel pouvoir peut avoir une image?", "Que faire de la politique?" et "Comment intervenir en partant de l'art?".

Source: liste Photohist, 13/09/2006.