Dans l'avis explicatif qui accompagne cette modification, il est envisagé de demander une copie de meilleure qualité à la Société française de photographie. A titre personnel, je ne peut qu'encourager cette option, dont je ne doute pas qu'elle recevra le meilleur accueil auprès de l'association. Car au-delà de la question des droits d'usage, celle de la fidélité de la reproduction des incunables n'a rien d'anodin. Le daguerréotype de 1837 n'est pas un cas isolé: de nombreuses icônes de l'histoire de la photographie présentent des difficultés de reproduction parfois insurmontables. Jusqu'à la Nouvelle Histoire de la photographie (1995), dirigée par Michel Frizot, l'image utilisée pour donner à voir le "Point de vue du Gras", plus ancienne héliographie conservée de Niépce (1827), était une épreuve largement retouchée à la gouache par Helmut Gernsheim en 1952 (c'est d'ailleurs cette même image qu'utilise encore Wikipédia, avec une mention de copyright non moins fautive. Pour une vision plus conforme à la plaque conservée à Austin, on peut consulter le compte Flickr Mango_Lens: http://www.flickr.com...). Sous l'influence des catalogues d'exposition, les publications récentes privilégient désormais le respect de l'aspect réel de l'original – avec des différences qui peuvent être spectaculaires. Longtemps reproduit sous l'espèce d'un noir et blanc charbonneux, le célèbre autoportrait en noyé d'Hippolyte Bayard (1840), autre icône de la SFP, a été publié depuis peu sous ses véritables couleurs (voir ci-contre).

Pour ce qui est du daguerréotype, la discussion se poursuit cependant à l'échelon international de Wikimedia Commons, et l'illustration a pour l'instant été maintenue pour l'entrée "Daguerreotype" anglaise. En remontant le lien qui renvoie au "Cabinet", on constate que la mention de copyleft s'abrite désormais derrière la formule: "The two-dimensional work of art depicted in this image is in the public domain worldwide due to the date of death of its author, or due to its date of publication. Thus, this reproduction of the work is also in the public domain". On voit bien que ces énoncés juridiques généraux ne s'appliquent qu'avec peine aux incunables de l'histoire de la photographie, objets miroitants ou assombris à la visibilité subtile, qui n'ont le plus souvent qu'un lointain rapport avec la classique épreuve noir et blanc sur papier. En l'occurrence, ce juridisme ne sert qu'à justifier le recours à une iconographie datée, que l'historiographie récente a déjà critiquée et abandonnée.

Illustrations: Reproduction du "Cabinet de curiosités", Daguerre, 1837, coll. et courtesy SFP (photo: Gunthert); Hippolyte Bayard, autoportrait en noyé, 1840, reproduction N/B et couleur, coll. et courtesy SFP.

Références: