Deux historiennes d'art de renom, Hilary Ballon (Columbia University) et Mariët Westermann (New York University) terminent actuellement la rédaction d'un rapport intitulé Art History and its Publications in the Electronic Age, qui précise le diagnostic. D'après elles, le terme de "crise" est à tempérer, car les chiffres des publications semblent indiquer un retour à la normale après le boom éditorial des années 1990 plutôt qu'une chute brutale. Toutefois, les données brutes, qui ne permettent pas de distinguer entre travaux scientifiques et essais généralistes ou catalogues, doivent être complétées par d'autres indicateurs. La perception des jeunes chercheurs en histoire de l'art reste celle d'une compétition accrue, dans des conditions qui tendent à se complexifier. Tous les acteurs s'accordent pour estimer que le principal point de blocage est désormais situé du côté des droits. Il est de plus en plus difficile de naviguer dans ce que Susan Bielstein appelle "l'écosystème des droits". Quelles sont les limites du fair use? Est-il légitime qu'un musée fasse payer la reproduction d'une oeuvre tombée dans le domaine public? Telles sont les questions que pose le rapport, qui cite l'initative révolutionnaire du Metropolitan Museum of Art. En réponse à la demande des chercheurs, la direction du musée a annoncé qu'elle allait prochainement renoncer à la facturation des droits d'usage, pour plusieurs ensembles d'images, dont les plus fameuses. Les auteurs du rapport recommandent aux acteurs du champ «d'organiser une campagne pour casser les barrières à l'accès et à la distribution des images, et obtenir des prix abordables sur tous médias pour la recherche et la publication scientifique».

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