Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Contrat californien et eugénisme documentaire

Google vient d'autoriser le téléchargement en pdf des ouvrages libres de droit disponibles dans Google Books. (...) La bibliothèque universelle, cette utopie que le numérique que nous avait mis à portée de main, vient de mourir. Les politiques culturelles publiques ont patiemment creusé sa tombe. Et ce sont les bibliothécaires eux-mêmes, de bonne foi, qui ont signé le pacte de Faust.

Par Olivier Ertzscheid, Affordance.info, 30/08/2006.
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Daguerre et Wikipedia (fin)

A mon grand désappointement, l'affaire Daguerre vs Wikipédia se clôt par un fiasco. Rappel des épisodes précédents: en novembre dernier, consultant les articles "Daguerre" et "Daguerréotype" de l'encyclopédie en ligne, je constate qu'il sont illustrés par une reproduction du "Cabinet de curiosités", incunable de 1837 appartenant à la Société française de photographie (SFP). Une mention de copyleft explique que cette image relève du domaine public “en raison de la date de mort de son auteur” (Daguerre est mort en 1851). Cette justification pose à mes yeux un problème intéressant. Parmi les familiers des collections de la SFP, nous sommes quelques-uns à savoir que le daguerréotype en question s'est presque complètement effacé et présente aujourd'hui l'aspect d'un miroir. Cette photographie n'a plus été exposée depuis le début du XXe siècle. D'après mes vérifications, la seule reproduction en circulation est celle effectuée à partir d'une copie de 1925, en noir et blanc, par l'archiviste Georges Potonniée. Je décide alors de tirer argument de la différence d'aspect visible à l'oeil nu entre l'état actuel de l'original et la reproduction de 1925 (voir ci-dessus) pour interpeller Wikipédia sur ce blog et publier pour la première fois une image de l'aspect contemporain du "Cabinet". Fin du premier acte.

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Daguerre et Wikipedia (suite...)

image J'avais signalé en novembre dernier que l'encyclopédie en ligne Wikipedia, qui utilisait une reproduction du "Cabinet de curiosités", célèbre daguerréotype de 1837, pour illustrer ses articles "Daguerre" et "Daguerréotype", ne pouvait recourir à l'argument de la date de la mort de son auteur (en 1851), pour conclure au caractère libre de droits de l'image. Celle-ci diffère en effet du tout au tout de l'aspect de la plaque existante, conservée dans les collections de la Société française de photographie, aujourd'hui presque totalement effacée (voir ci-contre). Pour mettre à l'épreuve la réalité des circulations du réseau, je m'étais abstenu de soumettre directement cette objection à Wikipédia, et avais décidé d'attendre que l'information trouve seule son chemin. Il aura fallu patienter près de neuf mois – un délai un peu long compte tenu de l'instantanéité revendiquée des outils électroniques – mais ma bouteille à la mer est finalement arrivée à bon port. Hier, les rédacteurs de la version francophone de l'encyclopédie ont pris en compte mes arguments et estimé qu'il était préférable de retirer cette image des articles concernés.

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Le portrait de la reine

image On se souvient de l'ouvrage d'Ernst Kantorowicz, Les Deux Corps du Roi (Princeton, 1957; trad. fr. Gallimard, 1989), qui avait inspiré à Louis Marin son magistral Portrait du Roi (Minuit, 1981). En résumé, dans un contexte classique, l'exercice de la représentation ne renvoie pas au personnage réel mais à la fonction politique, dont le portrait est un attribut constitutif. Tel est encore le fonctionnement du portrait officiel des présidents de la république français, affiché dans toutes les mairies. Bien sûr, l'exercice médiatique moderne a fait évoluer ce cadre figuratif. Sans pour autant abolir la frontière entre corps privé et image de la fonction. Le président d'une démocratie élective peut-il avoir un corps? Qu'avons-nous le droit de connaître du corps réel - corps érotique, corps de désir - de nos représentants? Les réactions récentes à la publication des photographies de Ségolène Royal à la plage, ou encore à l'exposition du buste "présidentiel" d'Hillary Clinton montrent qu'il n'est pas si simple de répondre à ces questions. Et qu'elles se posent en termes nouveaux lorsque le corps en question est un corps de femme.

Deux magazines, Closer (n° 60) et VSD (n° 1511), ont publié respectivement les 7 et 11 août des photographies de Ségolène Royal en casquette et bikini turquoise, réalisées sans autorisation. A l'inverse du futur candidat à la présidentielle de l'UMP, amateur d'interdictions, de pressions et autres limogeages quand son image est en cause, la présidente de Poitou-Charentes a indiqué qu'elle n'attaquerait pas ces journaux en justice, même si elle y a vu, selon l'AFP, une «atteinte à sa vie familiale». La presse nationale et internationale s'est largement fait l'écho de ces publications. Les réactions ont généralement souligné «l'effritement du tabou» pesant sur la vie privée du personnel politique français; certains ont insinué que ces clichés «pourraient être des fausses photos de paparazzi». La blogosphère, quant à elle, a volontiers repris de manière sarcastique l'épisode, qualifié de non-événement.

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Fini la tremblante des photos

Des chercheurs de l'Université de Toronto et du MIT ont développé une nouvelle technique de traitement d'image qui permet de retirer le flou qui résulte d'un tremblement pendant la prise de la photo. Leur méthode est basée sur un algorithme qui calcule le mouvement, le chemin précis emprunté par l'appareil photo à l'instant précis où la photo a été prise.

Source: hOwGee, 10/08/2006, via Le Blog photo.
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L'affaire Adnan Hajj: première manipulation emblématique de l'ère numérique

Pendant plus d'une dizaine d'années, pour montrer les manipulations permises par l'image numérique, les manuels de visual studies n'ont eu recours qu'à une seule illustration: l'altération du visage d'O. J. Simpson en couverture de Time. Remontant à 1994, cet exemple canonique était bien antérieur à l'essor de la pratique de la photographie numérique, à partir de 2003. Pourtant, malgré l'annonce répétée d'une marée d'images retouchées, les exégètes n'avaient eu jusqu'à présent que quelques cas bien innocents de rafistolages cosmétiques à se mettre sous la dent. A en juger par les effets produits par l'affaire Adnan Hajj, nous disposons maintenant du premier exemple emblématique de manipulation de l'ère de la photographie numérique.

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L'essai en histoire de l'art, une espèce en voie d'extinction?

L'excellent Art History Newsletter signale un article du Chronicle of Higher Education selon lequel, «si les publications scientifiques comportaient une liste des espèces menacées d'extinction, les essais en histoire de l'art devraient figurer au premier rang». Il n'est pas inhabituel de voir un spécialiste de la Renaissance payer de sa poche 10.000 ou 15.000 $ pour assurer l'illustration d'un ouvrage dont l'éditeur ne vendra que 500 exemplaires. Comme l'explique l'éditeur Susan Bielstein dans son ouvrage récent: Permissions, A Survival Guide (University of Chicago Press, 2006): «Entre la diminution des ventes et l'augmentation du coût des droits de reproduction, ce segment de l'édition est désormais si sévèrement compromis que la monographie d'art est sérieusement en danger et pourrait très bien dépasser le vairon argenté dans sa course à l'extinction».

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