Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Parution "Visual Resources", vol. 22, n° 2, 2006

Special Issue "Before and After the Wall: German Photography in Discourse and Practice", guest Editor: Miriam Paeslack.

Table of Contents:

  • Miriam Paeslack, "Introduction".
  • Ulrich Ruter, "Photography in Germany Today: A Sketch of its Institutional Landscape".
  • Arne Reimer, "Beyond the "Becher School. Recent Tendencies in German Photography of the Post-Reunification Era".
  • Anette Husch, "Real Fiction. Peter Bialobrzeski's Search for Convincing Images".
  • Maren Polte, "Photography: Irrelevant or Indispensable? Pictorial Science from the Perspective of Photography".
  • Cristina Cuevas-Wolf, "Nature, Technique and Perception. Twentieth-Century Afterimages and Modes of Scientific Representation".

Published by Routledge, http://www.tandf.co.uk/....
Via Helene Roberts, liste CAAH.

Zidane, la photographie absente

Qu'est-ce qu'une photographie absente? Notion incontournable de la pratique de la presse illustrée, l'image absente est par définition difficile à apercevoir. Elle est celle qu'on aurait souhaité publier, mais dont on ne dispose pas, et qu'on remplace faute de mieux par une autre – dans un contexte où il serait insupportable de ne pas produire d'image. Elle est la première raison de l'intrusion des enregistrements d'amateurs dans les grands médias – ersatz que seul légitime le défaut sur place de professionnels compétents.

Une photographie absente est difficile à repérer, sauf quand la planète entière a vu l'image manquée. Munis d'appareils coûteux et de téléobjectifs dernier cri, des centaines de reporters spécialisés encadrent le terrain d'une finale de la coupe du monde. Ainsi qu'en atteste l'édition du 12 juillet de Paris Match, pas un d'entre eux n'a réussi à reproduire correctement le fatidique coup de boule de Zidane, vu par deux milliards de téléspectateurs. Une seule photographie, par J. Macdougall (AFP), a fourni une image supportant la reproduction en grand format – une demi-seconde trop tard, au moment où Materazzi va toucher le sol, en grimaçant de douleur. A côté, en petit format, deux extraits de la vidéo du match, siglés Sipa, décomposent en deux temps le geste du footballeur français, sous l'espèce d'agrandissements flous et pixellisés, qui témoignent que la rédaction n'a pas eu mieux à se mettre sous la dent. Sans doute, l'attaque surprise de Zidane était-elle distincte du jeu proprement dit. Mais à quoi bon tant de moyens si c'est pour laisser échapper la seule action véritablement importante de la partie? Quoique placé sous le plus panoptique des regards, un événement planétaire peut donc se soustraire à la vigilance des meilleurs photographes et de milliers d'appareils. Une leçon qui confirme s'il en était besoin le caractère inattendu de l'altercation – mais aussi que la "bonne" photographie, l'image que l'on attend, est toujours un petit miracle étroitement dépendant des conditions de l'événement.

Willumsen sur LTA, ou le retour à Diderot

Notre confrère La Tribune de l'Art consacre un article à l'exposition Willumsen actuellement présentée au musée d'Orsay, sous la plume de Jean-David Jumeau-Lafond. Cette critique est précédée d'un avertissement qui explique que: Willumsen, étant mort en 1958, n'est pas tombé dans le domaine public. Seules deux photographies peuvent être publiées sans régler de droits aux héritiers, via l'ADAGP, et celles-ci doivent être retirées après la fin de l'exposition, faute de quoi il est nécessaire de payer pendant toute la durée de la mise en ligne, c'est à dire jusqu'à la fin éventuelle de La Tribune de l'Art. C'est pourquoi la revue a choisi de renoncer à illustrer cet article et recourt à un système de liens renvoyant aux reproductions des oeuvres présentées sur les sites du musée d'Orsay ou du J. F. Willumsens Museum.

Suivant de peu la mise en berne du site d'Etudes photographiques pour des raisons similaires, cet exemple témoigne à son tour de l'absurdité d'un système résolument inadapté aux circulations du web. Que signifie-t-il? En premier lieu, que les règles du jeu en vigueur favorisent l'accompagnement promotionnel, au détriment de la critique proprement dite. À condition de se limiter au matériel du dossier de presse, les agendas culturels qui fleurissent sur le web peuvent présenter une illustration accorte et gratuite. Il en va tout autrement lorsque l'on veut choisir librement le corpus des images à commenter, ou lorsque l'objet de l'analyse sort du cadre de l'actualité des expositions.

L'option habile de La Tribune de l'Art démontre aussi les limites du flicage des sources iconographiques. A moins d'interdire les liens hypertexte pointant sur des images, on voit mal comment le droit pourrait empêcher cette forme d'illustration par délégation, qui tire la langue à la loi DADVSI. Ce système trouve toutefois sa limite dans l'impossiblité de s'assurer de la pérennité des sources mobilisées. La critique d'art au sein des outils les plus avancés de l'édition du XXIe siècle en sera alors réduite à revenir à la forme aveugle pratiquée par Diderot dans ses Salons. Est-ce vraiment ce qui est souhaitable?

Illustration: timbre danois reproduisant "Une alpiniste", huile sur toile de Jens Ferdinand Willumsen, 1904 (source: www.artstamps.dk).

Séminaire "Problèmes d'histoire visuelle" (I et II)

image Séminaire 2006-2007, par André Gunthert.
Le jeudi, 17h-19h30, INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris, salle Walter Benjamin, à partir du 9 novembre 2006.

L'introduction des images d'enregistrement a profondément modifié notre rapport au visible. Alors que se multiplient les interrogations visant à déterminer les relations des sciences sociales à l'image, alors que le paysage des pratiques de l’image poursuit sa transformation à un rythme accéléré, il est urgent de jeter les bases d'une nouvelle histoire des images d'enregistrement. Tel est l'objectif du séminaire "Problèmes d'histoire visuelle", qui se propose d'utiliser les outils de l'histoire pour mieux appréhender les manifestations contemporaines et réciproquement d'employer l'observation des évolutions récentes aux fins d'une critique de l'historiographie constituée.
Au programme: examen critique des historiographies du visuel, histoire de l'art et visual studies, les sciences sociales et l'image, nouvelles pratiques des images, la légende des amateurs, recherches en cours.

A noter: séminaire de recherche évalué ouverts aux étudiants en master et auditeurs libres, "Problèmes d'histoire visuelle" est composé de deux séries successives, au premier semestre (24 h, du 9 novembre 2006 au 25 janvier 2007) et au deuxième semestre (24 h, séances les: 8 février, 15 février, 1er mars, 15 mars, 22 mars, 5 avril, 3 mai, 24 mai, 31 mai, 7 juin).

Inscription pédagogique: auprès de Mme Marie-Claude Barré, bureau 906, 54 bd Raspail, 75006 Paris, tél. 01.49.54.25.55; réception sur rendez-vous le jeudi, INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris, bureau 141, à partir du 6 octobre (contact).

Illustration: La machine de vision, "Blade Runner", film d'anticipation, réal. Ridley Scott, 1982, photogramme.