En histoire de l'art ou en histoire visuelle, dans la très grande majorité des cas, publier une image se paye. Plutôt cher (à titre d'exemple, le budget des droits d'illustration de la version papier d'Études photographiques se situe entre 2000 et 4000 euros par an). Cette situation n'est pas nouvelle, mais elle prend un relief particulier dans l'hypothèse de l'édition électronique. En l'état actuel des usages, la plupart des collections lient la publication en ligne au paiement d'une redevance annuelle. Ce qui signifie que, pour une publication électronique illustrée, chaque nouvelle édition alourdit une ardoise qui ne s'efface jamais. Aujourd'hui, aucune revue illustrée en ligne ne satisfait entièrement aux conditions draconiennes requises par le droit. Celles qui existent usent de divers stratagèmes pour limiter leur exposition juridique. Une revue entièrement électronique comme Nineteenth-Century Art Worldwide a pris la précaution de poser une borne chronologique qui exclut son iconographie du droit d'auteur, publie des images de petit format et se place sous la protection du fair use américain.

C'est cette porte que les nouvelles dispositions de la loi DADVSI viennent de refermer. Jusqu'en 2009 au moins, il n'y aura pas en France d'exception pour l'usage des images dans un cadre scientifique. Depuis quatre ans, Études photographiques a admis de publier en ligne ses articles amputés de leur illustration. Pour une revue consacrée à l'histoire visuelle, cette solution ne pouvait être que temporaire. Nous n'attendrons pas trois années de plus, sans aucune garantie sur les modalités d'application futures de la loi, alors que la pente suivie est un durcissement de toutes les formes de protection. Compte tenu de nos contraintes budgétaires, nous prenons la seule décision conforme aux obligations légales actuelles: celle d'interrompre notre expérience électronique. Nous espérons que ce geste servira à attirer l'attention sur la situation de l'édition illustrée et à inspirer des dispositions qui lui soient plus favorables. La situation n'est pas difficile à dénouer. Une exception réservée aux publications scientifiques permettrait d'éviter d'avoir à choisir entre le recours au piratage, l'accroissement des financements publics ou le renoncement pur et simple à internet. C'est cette option que nous appelons de nos voeux, en souhaitant qu'Études photographiques puisse réapparaître aussi vite que possible sur nos écrans. Avec toutes ses images.

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