Il faut saluer le travail ainsi accompli par l’Ina qui, sous la présidence d’Emmanuel Hoog, a infléchi de manière assez radicale les conditions d’accès au patrimoine de la télévision et de la radio françaises. A la fin des années 1980, les chercheurs avaient le plus grand mal à accéder à ces archives. C’est la création de l’association pour la Bibliothèque de France (Bibliothèque de France, bibliothèque ouverte, Actes du colloque du 11 septembre 1989, IMEC, 1990) qui a permis d’ouvrir le débat et de mobiliser les énergies pour sortir le patrimoine audiovisuel français du retard dans lequel il se trouvait par rapport à l’Allemagne ou aux Etats-Unis (Écrits, images et sons dans la Bibliothèque de France, textes et images réunis par Christian Delage, IMEC, 1991). Dans le cadre de la préparation de la réforme du dépôt légal qui a abouti à une loi proposée par Jean-Noël Jeanneney et votée par la représentation nationale en 1992, un rapport fut remis au ministre de la culture par Antoine Lefébure, première enquête conduite sur le terrain et proposant un certain nombre de réformes pour mieux conserver et communiquer les archives de l’INA (Rapport sur le Dépôt légal audiovisuel, 1991).

Ouvertement conçu sur un mode ludique, le site grand public de l’Ina connaît une fréquentation record depuis son lancement. Si la rubrique “Anniversaire”, où l’on peut voir des émissions diffusées le jour de sa naissance, est la plus visitée, il faut noter aussi l’intérêt réïtéré des Français pour la vie politique nationale (les films sur De Gaulle sont très demandés, ainsi que les grandes émissions de débat précédant les présidentielles). Un regret: l’accès gratuit limite la vision à la taille d’une vignette. Pour avoir une image plein cadre, ou pour la télécharger, le site devient payant, de 1 à 12 €. Le plus souvent, il s’agit d’une sélection d’émissions, et non de l’intégralité d’une série. Il serait bon, par exemple, de pouvoir voir la collection entière de "Cinéastes de notre temps" et non un seul numéro. Sans doute ne s’agit-il pas que d’une concession à l’esprit du temps - le zapping -, mais de la confrontation inévitable à l’obstacle des droits d’auteur. L’annonce de la mise à disposition prochaine des 470 heures du procès Papon constitue en tout cas un signe encourageant.