De l'interaction, on n'en trouvera guère dans ce cahier, que l'on n'a même pas songé à doter de sa version en ligne. Cela aurait pourtant été utile, compte tenu de la nécessité de renvoyer aux adresses des différentes sources évoquées. Comme sur Netizen, on constate que le web passe mal sur papier: alors que chacun des billets d'un blog comporte par exemple une référence unique (son "permalink"), qui permet, sur la toile, d'y renvoyer d'un simple clic, les références papier se bornent pour des raisons pratiques à la mention de l'adresse de la racine du site, plus courte - mais beaucoup moins précise. Un vrai handicap quand on connaît les habitudes des internautes, qui s'attendent à rejoindre en deux clics le contenu recherché.

De façon générale, on se demande de quelle compétence peuvent se prévaloir les journalistes de Libé en matière de blogs ou d'image numérique. Ce n'est pas au service culture qu'on apprendra qu'une autorité se construit, et que si la rubrique théâtrale dans les années 1980 ou les pages cinéma dans les années 1990 brillaient d'un éclat inégalé, c'était en raison de la pertinence répétée et éprouvée des avis. Rien de tel côté internet, où le Libé de la période récente a raté à peu près tous les trains. En matière d'innovation et de nouveaux usages, mieux vaut conseiller la lecture de l'excellente revue en ligne Internet Actu. Le comble du ridicule est atteint avec la (maigre) liste de gadgets censés évoquer les nouvelles tendances, où figure un vieux modèle de télécommande universelle, disponible dans tous les Darty. Là encore, conseillons aux journalistes du quotidien la consultation de l'indispensable Engadget, qui donnera à leur sélection un aspect un peu moins patronage. Du reportage qui enfonce le vieux clou de la pathologie (“L'internet peut rendre malade“) à la fiche pratique qui explique comment téléphoner avec son ordinateur, sujet tendance des magazines informatiques il y a deux ans, l'idée se confirme que la relation du quotidien avec les nouvelles technologies tient plus d'un tourisme de débutants que d'une véritable expertise. Il existe pourtant une vraie culture du web française, avec ses incontournables, son avant-garde, ses effets de mode - un territoire encore à découvrir pour la rédaction de Libé.

Ajoutons enfin qu'un bref article final, commentant les réactions des blogs à l'emballement médiatique du happy slapping, cite ARHV, sous l'appellation flatteuse de “blog de l'EHESS“ (il n'y en a effectivement qu'un seul...). En montrant l'espace des blogs comme un champ de discussion et de critique des sujets de l'actualité médiatique, une caisse de résonance autant qu'un espace d'expression alternatif (thèmes qui sont au fondement du moteur spécialisé Technorati), ce billet d'une colonne touche du doigt quelque chose du phénomène du web 2.0. C'est maigre. Il faudra encore d'importants efforts que ces "Ecrans" remplissent le programme fixé.