Indymedia, le 25/03/2006 à 00h55, par "pavlov"

(...) Le fait de redécorer un lieu permet de se le réaproprier. Meme si certaines actions peuvent être condamnables, il faut penser surtout que dans un mouvement autonome, chacun est libre d'agir comme il le veut. (...)


Indymedia, le 25/03/2006 à 02h58, par "Gangel"

(...) Le passage le plus drôle, c'était mardi soir à l'AG quand ils ont commencé à parler des "racailles" de manière TFunesque, puis ça a dévié sur les "jeunes de cité" ; sur les 200 personnes, il y avait 4 rebeus à tout casser, mais cette bonne assemblée s'autorisait à parler des absents.


ARHV, le 25/03/2006 à 23h25, par "une étudiante squatteuse"

J'ai passé deux nuits à l'EHESS, j'en déduis que je fais partie de ces méchants casseurs ou squatteurs vaguement anars. Mais j'estime aussi avoir un droit de réponse sur ce qui s'est passé pendant ces quelques jours. Je trouve regrettable que des sociologues ne dépassent pas le stade des lamentations sur les quelques portes fracturées. Vous avez à votre disposition un lieu qui a vécu, et qui a été au centre d'une vraie réflexion. Vous pouvez continuer à nier la vérité, à propager un discours de peur comme cela a été le cas pendant toutes cette semaine, vous êtes de toute façon les seuls maîtres du discours ambiant. Je crois néanmoins qu'au lieu de pleurer sur votre confort perdu, il serait intéressant de réfléchir sur ce qui s'est réellement passé: un rassemblement de gens libres qui se sont appropriés un lieu pour en faire un espace de débats et de discussions. Bien sur vous allez devoir repeindre les murs, mais pourquoi ne pas commencer à lire ce que l'on a écrit dessus? Il est écrit plus haut que l'étudiant français est dans un "état de désolation mentale", si ce sont là les seules conclusions que vous avez tirées de cette semaine, il semble que vous avez oublié les qualités élémentaires d'un sociologue, c'est à dire l'écoute, pour n'entendre que votre peur de l'inconnu. C'est très dommage...


ARHV, le 26/03/2006 à 23h06, par "Etudiant de l'EHESS"

(...) Les dégradations comme les tags ne concernent qu'une petite minorité d'individus ayant occupé l'EHESS. L'analyse des slogans ne permet pas de déduire quoi que ce soit sur le contenu des discussions tenues lors des réunions et rien non plus sur les idées politiques des occupants. D'après ce que j'ai pu moi-même observer ce sont plutôt des gens qui ne participaient justement pas aux groupes de discussion qui s'occupaient à dessiner des tags sur les murs...

Vous pensez que les dégradations les plus lourdes sont le résultat d'une occupation prolongée, là encore je pense que ce n'est pas exact. Toutes les dégradations (tags, vols des livres exposés en vitrine à l'entrée, photocopieuse mise hors service, ordinateurs, etc.) ont été constatées à la fin de la première nuit de l'occupation. Ceci s'explique par une absence d'organisation qui n'a pas pu être mise en place par manque de temps et surtout par une opposition systématique d'un petit groupe de militants anarchistes, monopolisant prises de parole et prises de décision, à toute instauration de règles de vie collectives (notamment à l'établissement d'un service d'ordre). Mais après avoir constaté les dégâts, les occupants ont finalement décidé (mais un peu tard!) d'empêcher toute dégradation supplémentaire en mettant en place un service d'ordre.

Quoi qu'il en soit, le mal est fait. Mais rien ne justifie la position prise par la direction de l'école, et les propos tenus dans les médias que je trouve clairement malhonnêtes.

Finalement, et c'est le plus important, toutes ces dégradations sont bien négligeables en comparaison avec ce que produiront les lois comme celle dite de "l'égalité des chances".

Comme on peut le constater dans tous les mouvements sociaux, parler des dégradations et de leurs responsables (les "casseurs" ou les "squatteurs") a pour effet de faire diversion et de diviser les tenants de la contestation.


ARHV, le 28/03/2006 à 18h52, par "monsieur X"

(...) L’occupation de l’EHESS s’est faite sans chef, sans tours de parole, sans hiérarchie. L’AG ouverte en lutte continue ailleurs et fonctionne toujours aussi bien. Ce qui a été chaotique à l’EHESS, c’est quelque chose qui dépasse tout le monde, les sociologues comme les autres: ce sont les effets d’une société impitoyable pour tous. Nous n’avons pas voulu faire les flics pour défendre des objets, et personne n’a jamais été agressé. Le contenu des recherches n’a pas été vandalisé, il a été tout simplement ignoré (c’est peut-être pire).


E-mail, le 28/03/2006 à 12h46, par Christiane Nantois Pigeon
"Etat de la situation au 105, au matin du 24 mars"

(...) J'étais donc passée mercredi 22 à 17h pour cette AG des étudiants qui me paraissait un débat constructif sur un sujet auquel on ne peut rester insensible. L'AG n'a pu avoir lieu. L'amphi était fermé et j'espérais qu'il avait été épargné car l'état de l'école était effectivement pitoyable et les photos des sites (...) montrent bien ce que j'ai vu (André Gunthert enseigne "L'effet de réel et les images" avec Georges Didi-Huberman dans le cadre de l'Anthropologie du visuel). Sur les photos, il manque juste la crainte de glisser sur le sol poisseux et les difficultés pour une asthmatique à respirer un air enfumé. (...)

J'avais été impressionnée de voir, le jeudi 16 mars, un policier tous les deux mètres le long du Bd Raspail mais ce mercredi 22: aucun uniforme en vue, seuls quels groupes inhabituels de personnes en civils aux carrefours. J'espérais que l'AG aurait lieu. L'entrée du 105 était bloquée avec un énorme antivol et une table mais je suis entrée sans difficulté en suivant quelqu'un sans que l'on me demande ma carte d'étudiante.

A l'accueil, beaucoup de jeunes fumant et mangeant dans une atmosphère bon enfant quoique enfumée. Deux gros sacs poubelle noirs étaient adossés au bureau de l'accueil. Comme je faisais une remarque sur l'état des lieux, on m'a assuré qu'une tentative de ménage avait eu lieu (mais interrompue) et qu'ils avaient veillé à écrire sur les murs à la craie pour que cela puisse s'enlever facilement.

J'ai trouvé les portes de l'amphi fermées et on m'a expliqué que la seule AG prévue était celle de 19h dont j'avais été informée par un (mail collectif signé de) Jan Marsalek, Franziska Heimburger, et Ali Hassan : “Chers amis, Je ne sais pas si vous aviez l'occasion d'aller voir ce qui se passe à l'EHESS, mais je vous assure, pour garder son calme il vaut mieux ne pas savoir. L'occupation de l'EHESS n'est visiblement plus (si elle l'a jamais été) maîtrisée par ses étudiants et tourne en barbarie. C'est devenu un lieu occupé par des gens qui prétendent exercer leur droit d'expression en écrivant leurs slogans préfabriqués sur les murs et en insultant les profs qu'ils ne connaissent probablement même pas (...) Voilà pour donner une idée sur la culture qui y gagne du terrain. Et je ne parle que de ce que je viens de voir, je laisse de côté les rumeurs sur le pillage... Bref, venez nombreux à l'AG prévue pour ce soir (19h, 105 bd Raspail) pour défendre la culture contre la barbarie! Prenez votre responsabilité!"

J'ai pu monter au deuxième étage où une salle enfumée était occupée par une cinquantaine de personnes discutant tranquillement en petits groupes. Bien que j'aie le bonheur de fréquenter cette belle école depuis 6 ans et malgré que je ne prétende pas connaître l'ensemble de ses élèves, je n'ai rencontré aucun visage connu. J'ai entrevu nos salles de séminaires vidées de leurs tables et de leurs chaises dont quelques unes servaient à bloquer les sorties de secours et le passage entre les couloirs des séminaires et les bureaux administratifs mais je n'ai pas vu de bureaux fracturés. Toujours à la recherche de visages connus, j'ai longé le premier et le deuxième étage sans résultats. Cependant je dois dire que je n'ai ressenti ni subi aucune agressivité de la part des jeunes présents. Ceux à qui je me suis adressée m'ont dit qu'ils n'étaient effectivement pas de l'école et n'appartenaient à aucun groupe particulier mais je n'ai pas interrogé tout le monde. J'ai ressenti plutôt, avec tristesse, le désabusement de jeunes en dehors de la scolarité. On ne choisit pas toujours la marginalité et il me semble que ces regroupements montrent un désir d'insertion dans la collectivité avec l'illusion que la communauté étudiante est un tout homogène, chaleureux et soudé. Etant constituée d'élèves venant de tous les pays et de tous les âges, de professeurs venant de tous les horizons, l'Ehess n'est pas cette association idyllique des campus américains que l'on peut voir dans certains films. (...)

A droite en sortant de l'accueil, je suis allée voir en haut de l'escalier administratif. Erwan Dianteill, qui enseigne "Religion dominante et religion marginale: les formes de la contestation et du compromis" (...) et qui représentait l'école, m'a conseillée de partir car il n'y avait plus aucune sécurité dans l'établissement et les alarmes incendies ne fonctionnaient plus.

Mme Hervieu Léger la présidente de l'école occupée depuis le lundi 20 par une centaine de jeunes gens extérieurs à l'établissement, a demandé aux enseignants-chercheurs de quitter les locaux jeudi 23 mars, la sécurité n'était plus assurée dans l'école. Sa tâche n'est pas facile. Je lui adresse tout mon soutien. Je tiens à dire que les personnes présentes que j'ai rencontrées m'ont paru plus désabusées et pacifiques qu'agressives. Je souhaite comme tous que la réintégration et la réhabilitation des lieux se fassent le plus rapidement possible et que les étudiants puissent reprendre les cours au moins dans les locaux du 54 et du 96 boulevard Raspail, tout en restant bien sûr associés au tissu collectif, à la réflexion sur les événements. Il me paraît important que les étudiants soient solidaires des moins chanceux qu'eux et se préoccupent que notre société reste vraiment démocratique.


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