La provenance de ces documents n'est pas claire. Dans un communiqué du 15 février, l'ACLU assure ne pas en connaître la source. En accord avec cette version, la chaîne SBS a publié ce matin sur son site web l'information selon laquelle: The images were picked up by media around the world, including television networks in the Arab world. Cette indication est en contradiction avec ce que montre la séquence, dont les illustrations sont pour la plupart d'une qualité technique bien supérieure aux versions jusqu'alors disponibles, et témoignent d'un accès, non à des copies rediffusées, mais aux images et séquences originales. L'interview d'Amrit Singh laisse entendre que la communication de ces images fait partie de la stratégie de l'ACLU. Depuis près de deux ans, l'association a entrepris un lourd combat juridique pour obtenir la publication des documents classés d'Abou Ghraib. Le procès qui l'oppose à l'Etat américain arrive actuellement en appel: seul cet élément de contexte permet de comprendre l'apparition soudaine de ces nouvelles images.

Celles-ci apportent des informations précieuses sur le corpus diffusé en 2004. Outre la confirmation de l'hypothèse publiée dans Etudes photographiques selon laquelle ces documents étaient des versions imprimées, et nullement la copie des fichiers numériques originaux, elles en dévoilent les marges et les parties expurgées (voir illustration). Les reportages initiaux publiés par CBS et le New Yorker apparaissent rétrospectivement comme le résultat d'une sélection drastique - excluant notamment toute effusion de sang -, effectuée au sein d'un ensemble considérablement plus violent. Les réactions provoquées par la diffusion de ce nouveau corpus entraînera-t-elle la publication d'autres extraits, voire de la totalité des documents actuellement détenus par le gouvernement américain, dans leur version originale? Tel semble bien être le souhait de l'ACLU.

Illustration: "The Hooded Man", photogramme de la séquence diffusée dans l'émission "Dateline" sur SBS le 15/02/2006. A droite, le sergent Ivan "Chip" Frederick manipule un appareil Sony Cybershot. Sabrina Harman déclarera le 15 janvier 2004 aux enquêteurs militaires: “I put wires on his hand. I do not recall how. I was joking with him and told him if he fell off, he would get electrocuted.“ Photographie digitale par S. Harman, 4 novembre 2003, 11h04. (source: Salon.com).

Références: