Excusés: Isabelle Backouche (Genèses), Michel Berry (Gérer et comprendre), Pierre Caspard (Histoire de l'éducation), Marin Dacos (Revues.org), François Denord (Revues.org), André Gunthert (Etudes photographiques), Monique Lambert (Acquisition Interaction Langue Etrangère), Pierre Mounier (Revues.org), Irène Passeron (Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie), Olivier Raveux (Rives nord-méditerranéennes), Philippe Savoie (Histoire de l'éducation).

Après un tour de table, D. Frau-Meigs, P. Fridenson et C. Lemercier présentent les origines de cette réunion. Ils soulignent, malgré la très grande diversité des revues et des éditeurs, l'existence d'intérêts communs.
P. Fridenson évoque l'affirmation de ces intérêts lors d'une journée organisée par le Syndicat de la presse culturelle et scientifique (SPCS) le 18 novembre 2005. Il cite aussi un rapport à venir en mars, commandé par le CNL sur les revues aidées par lui. C. Lemercier insiste en particulier sur une double dimension : dénoncer la pénurie dans laquelle nous travaillons, mais aussi vivre avec, en échangeant sur les solutions des uns et des autres.

Ils proposent un ordre du jour :

  • Discussion générale sur 3 questions pour commencer : mise en ligne, diffusion en librairie, traductions et publications en anglais (ce dernier point ne peut finalement être abordé faute de temps). D'autres questions seraient à discuter dans l'avenir. On évoque en particulier les logiciels d'aide aux comités de rédaction et les questions juridiques de tous ordres.
  • Perspectives en termes de réunion publique : idée d'une demi-journée s'adressant aux journalistes et aux pouvois publics, pour nous faire connaître comme interlocuteurs dans les débats d'aujourd'hui sur les bibliothèques numériques, la communication de la recherche scientifique, la propriété intellectuelle, etc.
  • Question de la création d'une association loi 1901 ou tout autre formule nous permettant de nous poser comme interlocuteurs par rapport aux éditeurs (notamment au SNE – syndicat national de l'édition – et aux presses universitaires regroupées dans l'AERES – association des éditeurs de la recherche et de l'enseignement supérieur), au CNL, à la BNF, au CNRS, aux ministères de l'Education et de la Recherche.

Sur la mise en ligne

Joëlle Jacquin: La revue Espace et sociétés, éditée par Erès après avoir quitté L'Harmattan, est de ce fait en contact avec Cairn. Elle n'est pas encore en ligne, surtout pour des raisons d'équilibre budgétaire (à asseoir avant d'envisager une mise en ligne aussi complète que possible). C'est une revue qui existe depuis 1970, donc la majorité des numéros n'existent pas sous forme de fichiers informatiques. J. Jacquin souligne le manque de discussions sur les aspects de prix et de budget de la mise en ligne. Certes, le CNL offre quelques subventions pour le « patrimonial », mais elles sont loin de couvrir les coûts, et le personnel de la revue est loin de suffire. Du point de vue de l'utilisateur, Cairn lui paraît satisfaisant, mais elle note un manque de dialogue avec le CNRS. Réciproquement, celui-ci n'envisage pas que les choix des revues puissent être limités par leurs éditeurs.

Divina Frau-Meigs: La RFEA est sur Cairn, sans y avoir été très favorable. C'est une revue d'association (clientèle fermée, en particulier des bibliothèques américaines) éditée par Belin, qui ne fait pas vraiment de travail de diffusion. Les numéros papier coûtent à l'association 20.000 € par an (pour 4 numéros), payés par les abonnements et une subvention CNL. La mise en ligne a fait passer le prix du numéro de 16 à 20 €, ce qui n'est pas rien. L'idée d'arrêter la version papier a été envisagée, mais repoussée (cf. côté fédérateur du papier pour une association). Cependant, l'existence sur deux supports n'est vue que comme une solution de transition, pour quelques années. Après des débats serrés, une barrière mobile de 2 ans pour la gratuité pour les non abonnés a été décidée, avec des interrogations sur l'avenir (quid des réabonnements dans ces conditions ?). La revue souhaite négocier un paiement à l'article pour les numéros les plus récents, ce que Cairn ne propose pas pour l'instant. Tout cela a posé des problèmes en particulier pour la reproduction des images : tous les droits doivent être renégociés pour la mise en ligne, pour l'instant les images sont remplacées par des cadres noirs. Au total, l'association a eu l'impression de devoir forcément suivre les choix de l'éditeur (qui détient les droits sur la maquette, même si l'association les a sur les articles). Parallèlement, elle a tenté l'expérience d'une revue purement électronique (Transatlantica), moins chère mais demandant une vraie compétence. Les coûts sont payés en vacations, cela revient à 500 € par numéro seulement. Du coup, pour la RFEA, il y a une réflexion en cours sur une option purement électronique et autonome.

Patrick Fridenson rappelle que deux éditeurs importants sont aujourd'hui dans l'expectative : PUF et Armand Colin. Du côté du CNRS, le CENS a fait plusieurs annonces de mise en route réelle du site, sans résultats. Son président et son directeur sont toujours en cours de nomination. P. Fridenson évoque aussi d'autres plates-formes. Il a été démarché par Edisciences, plate-forme de revues scientifiques et de vulgarisation ; l'éditeur d' Entreprises et histoire a mis la revue sur Proquest à partir de 2003. Il s'agit d'un portail destiné aux bibliothèques, entreprises et administrations, pour lequel l'abonnement annuel d'accès aux bouquets est de 35.000 $. Au-delà de ces informations, il veut mettre l'accent sur des questions qui nous concernent tous : celle du paiement à l'article (le document de Cairn dit qu'il est possible, mais certaines revues de Cairn disent que ce n'est pas encore en place), celle des choix de barrières mobiles, celle des versions papier. Entreprises et histoire et le Mouvement social souhaitent maintenir les deux versions quoi qu'il arrive, pour la commodité des usages et du fait des incertitudes de conservation de l'électronique.

Divina Frau-Meigs souligne que l'abandon du papier pose aussi des problèmes du point de vue du dépôt légal et de l'enregistrement (isbn...).

Patrick Fridenson reprend ses questions: quid du droit d'entrée sur les plates-formes (aucun au CENS, réponse fluctuante du côté de Cairn) ? de la répartition des profits d'abonnement ou de paiement à l'article entre plates-formes, revues et éditeurs ? de la durée du processus physique de rétroconversion ? de la clause de non exclusivité (cela paraît acquis pour le CENS, Cairn, Proquest...) ? de l'interopérabilité entre plates-formes de langue française (Edisciences, Cairn, le CENS se disent acquis au principe) ?

Joëlle Jacquin pose la question du paiement en ligne, prévu en théorie par Cairn mais non opérationnel, très important pour sa revue dans le cadre des discussions avec son éditeur. Elle pose aussi la question du site pré-existant de la revue (comprenant sommaires, résumés en 3 langues, appels à communications, normes), dont il faut aussi s'occuper. Espace et sociétés souhaite aussi conserver une édition papier. La revue se pose aussi le problème particulier des numéros thématiques, qui ont des cycles de vente plus longs. Enfin, elle souligne le fort besoin d'information juridique sur nos droits – surtout quand les contrats avec les éditeurs datent des années 1970 : comment obtenir ces informations sans payer une consultation de juriste ?

Patrick Fridenson, à propos du paiement à l'article, évoque l'expérience des presses d'Oxford et de Cambridge, qui offrent pour chaque numéro un article en « produit d'appel », sans paiement, et les autres en paiement à l'unité ; il trouve cette mixité utile pour accrocher un nouveau lectorat. Sur le paiement à l'article toujours, il rappelle que cela implique le passage par une banque ou une entreprise spécialisée pour un paiement sécurisé; le CENS dit aussi en être capable mais ça ne paraît pas réel, aujourd'hui. Sur les ventes à long terme, il évoque le problème du stockage qui se pose au Mouvement social avec son petit éditeur, qui manque de locaux : le stockage ne va plus de soi, alors qu'il était prévu au contrat (qui date de 1971). Quant à la question juridique, elle est pour lui une des raisons fortes de créer une association, pour prendre contact collectivement en particulier avec le SPCS (qui regroupe des revues de SHS et des revues à plus large diffusion comme Esprit, Le Débat, Les Temps modernes, etc.), qui dispose de compétences juridiques comme adhérent de la Fédération nationale de la presse. En outre, il y a 3 ou 4 grands avocats qui travaillent sur les questions numériques, sont consultés par le SNE et le gouvernement et pourraient donner des consultations grauites. A propos des sites des revues, il aimerait que la liste de diffusion permette d'échanger sur nos pratiques. Il pense que ces sites sont très nécessaires vis-à-vis d'une majorité d'abonnés étrangers, et aussi pour contrer le vieillissement du lectorat « papier »; en outre ils permettent des services particuliers, comme, pour le Mouvement social, la mise en ligne rapide des comptes rendus, qui bénéficie tant aux éditeurs de livres qu'aux auteurs de comptes rendus.

Claire Lemercier souligne que les effets budgétaires de la mise en ligne sur les revues restent peu connus, faute de recul et malgré de premières consultations. Ils ne sont pas forcément négatifs dans la mesure où la revue voit aussi sa notoriété s'accroître (c'est sans doute plus vrai pour les plus petites revues, et c'est le pari fait par Histoire & Mesure). Même pour les numéros thématiques, on peut penser qu'une personne intéressée par un numéro entier va préférer commander le numéro papier. Sur les questions d'interopérabilité et de paiement à l'article, elle indique que des groupes de travail existent entre les principales plates-formes (en particulier Cairn, CENS et revues.org) mais n'avancent pas très vite. Peut-être en irait-il autrement si les revues indiquaient fortement et collectivement que ce sont là des priorités. De même, il lui paraît essentiel qu'une revue puisse conserver un site web personnalisé et offrant des contenus variés, par opposition à une logique comme celle de Cairn ou de jstor, qui offrent des collections d'articles et pour lesquels les revues sont très accessoires.

Divina Frau-Meigs souligne sur ce point que Cairn refuse d'offrir une url propre à chaque revue, sous quelque forme que ce soit, ce qui fait que les internautes qui cherchent la RFEA ont du mal à la trouver.

Rolande Borrelly évoque les revues de l'ISMEA Economie appliquée (trimestrielle) et Economie et sociétés (mensuelle), qui existent depuis 60 ans. L'ISMEA est propriétaire des titres et est sa propre presse. Un site donne les sommaires des revues depuis leur création. R. Borrelly souligne le danger de parler sur le même plan du CNRS et de Cairn. Elle rappelle la réunion du CNRS en 2004 qui avait montré une vision scandaleuse de la diffusion de la recherche, une quasi démission de l'institution qui appelle une mobilisation en réponse. Elle critique aussi le choix d'un logiciel canadien plutôt que d'un produit de la recherche française. Les retombées sont claires pour Economie appliquée, qui a perdu sa petite subvention et les quelques heures de travail d'ITA qu'elle avait. Cairn pose d'autres questions, c'est une affaire commerciale. Si on passe par des éditeurs parce qu'on ne peut pas toujours produire soi-même une revue, gérer les abonnements, etc., cela implique qu'ils cherchent à gagner de l'argent. Plus globalement, R. Borrelly souligne qu'il faut en revenir à la question même du rôle des revues. Elle évoque les textes de J-C. Guédon qui ont circulé. Il faut envisager plus largement l'histoire de la diffusion de la pensée scientifique. Pourquoi en est-on venu à une logique du publish or perish (par exemple pour les doctorants) où les revues ne servent plus vraiment à faire circuler la connaissance ? Pourquoi alors passer tant de temps bénévolement pour les revues ? D'autre part elle souligne les biais des enquêtes bibliométriques comme celle du CNRS.

Cécile Thiébault dit que le CNRS a tout de même évolué depuis 2004. Aujourd'hui il propose plusieurs options en soutenant revues.org et Persée.

Patrick Fridenson souligne que toutes les subventions CNRS n'ont pas été supprimées, certaines ont même augmenté, notamment en fonction de ce classement très contesté. En revanche, le problème est que le CNRS se borne à soutenir des initiatives antérieures, à prendre le train en marche. Le CENS a des personnels mais ni direction ni activité. Il a été dit qu'il avait des accords avec le SNE, or ils n'ont jamais existé. Le CNRS connaît depuis plusieurs mois des turbulences qui semblent l'empêcher d'avancer, notamment sur les problèmes concrets.

Jacques Poloni-Simard : les Annales sont présentes sur le portail Persée de la sous-direction des bibliothèques, mais ont fait le choix de ne pas avoir d'édition électronique pour le « courant ». Sur l'interopérabilité, il évoque les discussions en cours entre Cairn, revues.org, Persée et le CENS autour de la « DTD Erudit ». Les Annales sont publiées par les éditions de l'EHESS et diffusées par Armand Colin, qui n'a pas encore fait ses choix. Pour J. Poloni-Simard, pour le rétrospectif, rien ne peut se faire sans la puissance publique, mais elle n'a sans doute pas les moyens d'accueillir tout le monde. Les éditeurs privés attendent qu'une institution publique intervienne et se positionne. Pour les Annales, le paiement à l'article n'est pas intéressant car il refuse de voir les revues comme des collections d'articles; il ne souhaite pas non plus utiliser des articles ou comptes rendus comme des « produits d'appel ». Sur Cairn, il demande comment se passe la rémunération sur les abonnements pour l'éditeur (pour qui les revues doivent dégager de l'argent, réinvesti ailleurs).

Divina Frau-Meigs indique que pour l'instant, Cairn ne fait que renvoyer à l'adresse de l'éditeur pour s'abonner (or Belin ne sait pas faire des abonnements en ligne, il n'y a pas assez de demande pour une plate-forme de paiement).

Jacques Poloni-Simard précise qu'Armand Colin est en train de mettre en place une plate-forme d'abonnement en ligne (pour l'électronique ou le papier).

Laurence Lablache regrette qu'on n'ait pratiquement pas parlé de Revues.org depuis le début de la discussion.

Claire Lemercier dit qu'elle ose de moins en moins en parler aux revues, du fait que la solution Revues.org nécessite des heures de travail de la part des revues, qui ont de moins en moins de personnel. Cela dit, les revues qui choisissent un modèle de délégation en espérant ne pas avoir à fournir ce travail en voient aussi, souvent, les limites, soit avec une mauvaise qualité de numérisation, soit avec des délais incontrôlables ou une perte d'identité.

Divina Frau-Meigs dit que le problème s'est posé pour la RFEA (pertes de mises en page diverses).

Danielle Rouvier évoque les enseignements de l'Ecole thématique des métiers de l'édition (une semaine de travail et débats qui a eu lieu à l'automne dernier à Valbonne). Le CENS a donné le sentiment que les revues n'avaient aucun droit de regard sur leur mise en ligne, tandis que revues.org signifie certes du travail en plus, mais aussi un vrai contrôle final, une conservation de la personnalité de la revue (présentation...).

Jacques Poloni-Simard considère que Revues.org, comme fédération de revues, peut accroître leur notoriété, mais qu'il ne s'agit pas d'édition électronique au sens où il n'y a pas de richesses créées, car pas de vente. Pour les Annales, il n'est pas seulement question de visibilité de la recherche ou d'une revue, mais aussi d'éviter l'érosion des abonnements, de développer les titres et donc à terme les recherches. Pour lui la question est différente pour le patrimonial, pour lequel l'EHESS a fait le choix de la gratuité avec Persée. En revanche, pour le courant, la question doit être celle des bénéfices apportés et de la substitution ou non au papier. Patrick Fridenson raconte qu'il participe aussi à une revue américaine d'histoire des entreprises qui a réussi à être mise en ligne sur le grand portail spécialisé dans le « courant » (Muse) : elle était déficitaire en longue période et, grâce à Muse, est devenue bénéficiaire en un an. Mais il faut différencier les offres. La plate-forme de l'éditeur Oxford UP prélève toujours une part des abonnements papier ou électroniques à la revue, alors qu'avec Muse, on ne s'abonne pas à la revue mais à un bouquet, d'où une répartition différente. Quid de Cairn ? on ne sait pas bien comment il se positionne dans cette alternative.
P. Fridenson conclut ces échanges en soulignant la nécessité de démarches collectives auprès du CNRS, du SNE, de Cairn, d'Edisciences etc. pour porter les demandes exprimées.

Diffusion en librairie

Patrick Fridenson souligne que la réunion de mai 2005 a montré que certaines revues prenaient contact directement avec les librairies. Ne pourrait-on se partager ces efforts ou du moins ces informations ? Peu d'éditeurs font eux-même cette démarche. Il existe aussi l'entreprise Dif pop, utilisée par diverses revues et éditeurs sans diffusion directe.

Rolande Borrelly indique qu'à Grenoble, il reste 2 ou 3 librairies qui vendent des revues. A Paris, la Documentation française en acceptait un certain nombre en plus des siennes.

Divina Frau-Meigs indique que Belin ne sait pas dire où la RFEA est diffusée et n'a pas d'action systématique. Elle pense qu'aucun éditeur n'a de vraie politique en ce sens, sauf peut-être les PUF et Armand Colin. Elle ne connaît que des librairies spécialisées (comme Tekhné en communication) qui présentent des revues. Elle pose aussi la question de la diffusion sur amazon.com : les éditeurs français en sont seulement à y réfléchir. Cela permettrait une gestion des stocks.

Rolande Borrelly rappelle l'existence de la « très grande librairie » de L'Harmattan, axée sur un gros stock situé en Normandie et vendu en ligne.

Joëlle Jacquin souligne que L'Harmattan a tout de même du mal à gérer ses stocks. Elle indique qu'il y a là encore une question juridique. Quels sont les droits des revues vis-à-vis de ces questions de diffusion ? Espace et sociétés est diffusé dans certaines librairies, mais des problèmes de classement se posent, les lecteurs ne savent pas forcément où trouver la revue. A l'étranger aussi, il existe certaines grandes librairies qui pourraient être intéressées. En tout cas cette question de diffusion demande énormément de travail aux revues. J. Jacquin revient aussi sur la question du sens global de l'existence des revues. Leur spécificité est tout de même de demander un vrai travail à l'auteur; d'autre part on propose la lecture d'un ensemble d'articles qui s'éclairent mutuellement. Il y a peu d'autres endroits pour cela.

Patrick Fridenson souligne en effet que les actes de colloques, en particulier en histoire contemporaine, sont, eux, trop rarement vraiment édités. L'apport d'une revue, c'est ce très long travail d'édition. Il repose d'autre part la question de la vente en ligne (amazon, mais aussi alapage, fnac etc.). Enfin il souhaite qu'on établisse au moins pour la France une liste de librairies proposant effectivement des revues.

Cécile Thiébault souligne qu'on peut partir de la liste donnée par le catalogue de CNRS Editions, pour la compléter.

Réunion publique

Divina Frau-Meigs expose l'idée de départ, celle d'une demi-journée pour donner de la visibilité à nos problèmes et propositions. C'est une idée d'André Schiffrin: issu d'une grande famille d'éditeurs, il a plusieurs expériences, aux Etats-Unis, de formes d'édition originales, dernièrement New Press. Il a critiqué le monde de l'édition français, notamment l'an dernier dans Le Débat ; il souhaite créer un débat plus collectif, y compris entre éditeurs. Il souligne que beaucoup d'éditeurs ne sont plus que des imprimeurs, qui ne fournissent que le papier et la colle (voire n'impriment même pas en France) et souhaitent qu'ils se réinvestissent dans leur mission de valorisation de la recherche. A. Schiffrin sera en France à partir de mars. La question est : avons-nous l'énergie, les idées, la volonté pour poser ce type de débats autour des politiques de l'édition.

Cécile Thiébault indique qu'il faut bien éviter d'opposer les revues aux éditeurs. Certains d'entre eux sont un vrai soutien, ils ont aussi leurs problèmes de personnel et de budgets.

Divina Frau-Meigs indique qu'il ne s'agit pas d'un conflit mais d'une nécessité de débat et de mutualisation entre éditeurs. Cécile Thiébault souligne qu'il faut s'entendre sur ce que désigne cette « mutualisation »; il faut éviter la mise en commun pure de personnels qui implique des pertes d'identité et de qualité.

Divina Frau-Meigs indique qu'il s'agit aussi d'interpeller les pouvoirs publics, en particulier le CNRS qui a très peu consulté les autres acteurs, notamment internationaux. Par exemple, il faut reposer la question d'un système d'indexation européen. Ce sont des enjeux qui peuvent intéresser les éditeurs.

Rolande Borrelly est favorable à un débat, mais a des doutes sur l'implication des éditeurs : rares sont ceux qui se sentent spécialisés dans l'édition scientifique.

Jacques Poloni-Simard rappelle qu'il existe tout de même des éditeurs publics (presses universitaires et autres), à interpeller aussi, car ils ne sont pas forcément plus impliqués que les éditeurs privés – il est vrai qu'ils font face aux mêmes contraintes avec en plus la mission de diffuser des recherches pointues.

Patrick Fridenson rappelle qu'il ne faut pas excéder nos forces. On peut envisager avec A. Schiffrin une après-midi, avec une table ronde et des interventions d'autres spécialistes, pour attirer l'attention des journalistes et agir en direction des pouvoirs publics et des éditeurs (privés et publics) – sur le modèle de la journée du SPCS, qui avait plus de 100 présents. Il faudrait alors lister des questions : édition, indexation européenne, droit, expériences étrangères... des questions qui à la fois intéressent les revues du point de vue de l'information et peuvent contribuer à mettre en branle le gouvernement (on a vu sur le téléchargement que les dirigeants politiques pouvaient s'impliquer).

Divina Frau-Meigs souligne qu'A. Schiffrin n'a pas été recontacté, nous sommes donc libres, y compris d'organiser quelque chose sans lui. En tout cas, elle pense qu'il est insuffisant de discuter entre nous.

Cécile Thiébault évoque le carrefour des métiers de l'édition, où les mêmes questions ont été évoquées, avec des pistes intéressantes. Elle trouve qu'une demi-journée serait bien courte pour une vraie discussion. En revanche, le réseau des métiers de l’édition qui a été créé va mettre en ligne les débats de Valbonne (résumés et liens) puis un site comprenant des dossiers. Il ne faudrait pas ignorer cette initiative. La formule du site lui paraît plus souple que celle de la liste de diffusion.

Patrick Fridenson souligne qu'il y a plusieurs questions. Le site est un outil pour échanger entre les revues, c'est très positif (l'assentiment est général pour faire connaître cette initiative et y contribuer). La liste de diffusion répond aussi à un certain besoin d'informations. En revanche la proposition d'une demi-journée répond surtout à un besoin de diffusion et de positionnement vis-à-vis de l'extérieur. Ainsi la journée du SPCS avait attiré beaucoup de juristes et de petits éditeurs. Il faudrait viser aussi les journalistes, hommes politiques, hauts fonctionnaires. En outre la position des éditeurs vis-à-vis des revues est aujourd'hui très variée (se retirer vs. y investir plus). Cela rendrait une discussion d'autant plus intéressante.

Divina Frau-Meigs évoque l'exemple des "Assises de la recherche". Il est important de montrer que derrière les revues, il y a des gens et des enjeux, que ce ne sont pas des publications confidentielles, sans utilité sociale. Il est bon aussi de ne pas réfléchir que dans l'urgence mais sur des enjeux plus vastes comme le fait J.-C. Guédon : peut-on profiter de la numérisation pour changer ce qu'est une revue ? Ainsi Transatlantica joue beaucoup plus le rôle de portail. Si les revues sont moins lues, c'est aussi peut-être qu'elles n'offrent pas assez d'espaces de débat, ou sur la vie de la recherche, du fait des contraintes de pagination. Un débat peut aussi porter là-dessus.

Cécile Thiébault est sceptique sur les réactions des pouvoirs publics, vu l'incompréhension du CNRS vis-à-vis de ses propres revues. Patrick Fridenson dit que le CNL, qui relève aussi des pouvoirs publics, finance l'accès à Cairn, ce qui a été obtenu par les éditeurs et pas par les revues. Parfois, les pouvoirs publics peuvent tout de même prendre des décisions, même s'il est vrai que les décideurs en matière de revues sont très variés. Sans rêver de les coordonner, il serait bon d'au moins les mettre autour d'une table pendant une journée.

Joëlle Jacquin pose le problème du temps, il faut bien construire un tel événement pour ne pas rater le coche, il faut des éditeurs variés, des revues de champs différents, des juristes, etc.

Patrick Fridenson propose la date de juin ou septembre, en soulignant qu'A. Schiffrin peut mobiliser son réseau de journalistes. Mai-juin a l'air de retenir le plus de suffrages chez les présents.

Association, réseau

Patrick Fridenson dit qu'une association serait utile pour avoir un caractère de personne morale.

Rolande Borrelly craint une certaine lourdeur et privilégie le travail réel et volontaire.

Claire Lemercier dit que certes, une association peut être lourde mais qu'il faut une identité collective identifiable.

Cécile Thiébault indique que la structure issue de la semaine de travail à Valbonne s'appelle "Réseau des acteurs de l'édition en sciences de l'homme" (EDSH).

Tout le monde considère que les deux initiatives doivent converger. On en reste à l'idée d'un réseau, sans forme juridique particulière, qui s'appuiera à la fois sur la liste de diffusion "Revues SHS" – qui réunit maintenant plus de 150 personnes, représentant presque autant de revues – et sur le site EDSH.

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