Parution de "La vérité par l'image", de Christian Delage
Par André Gunthert, lundi 6 février 2006 à 00:40 (3004 vues, permalink, rss co) :: Publications
Les éditions Denoël annoncent la parution de:
La vérité par l'image. De Nuremberg au procès Milosevic
Par Christian Delage.
Pour juger les crimes commis par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale, les alliés ont constitué, à Nuremberg, un tribunal international. À cette innovation majeure, ils ont ajouté, sous l’influence des américains, deux expériences inédites: présenter des images animées comme preuves à l’audience; filmer les sessions du procès pour le constituer en archive historique.
Dès le début des débats, l’accusation, délaissant quelque peu les archives écrites, dont la masse était écrasante, a fait projeter des actualités tournées par les britanniques et les américains lors de leur découverte des camps nazis. Ces images, pourvues du double statut de preuve et de témoignage, ont permis de prendre la première mesure des "atrocités nazies", dont la trace, ainsi prélevée, devait être incontestable. Il s’agissait également, comme l’écrivait alors Joseph Kessel, "de mettre tout à coup les criminels face à face avec leur forfait immense, de jeter pour ainsi dire les assassins, les bouchers de l’Europe, au milieu des charniers qu’ils avaient organisés, et de surprendre les mouvements auxquels les forcerait ce spectacle".
En filmant le procès, les alliés souhaitaient que la mémoire de ce moment unique demeure vive pour les générations futures. L’héritage de Nuremberg conditionnera largement l’organisation du procès Eichmann puis, en France, des procès Barbie, Touvier et Papon, et enfin, à La Haye, du procès Milosevic.
Les conditions, le déroulement et les conséquences de ces expérimentations sont au cœur de la recherche que l’auteur a conduite pendant six années à partir d’archives inédites.
Christian Delage est historien, enseignant-chercheur à l’université de Paris 8 et à EHESS, membre fondateur du Lhivic. Il est également réalisateur et prépare actuellement un film sur le procès de Nuremberg pour ARTE.
- Voir sa bibliographie complète...
- Programme du séminaire "Pratiques historiennes des images animées"(EHESS, 2e semestre).
Table des matières
Introduction
Première partie: Le film comme preuve. Une jurisprudence américaine (1920-1945)
1. Le cinéaste, le juge et la preuve
- L’intuition de Fritz Lang
- La jurisprudence de l’image comme preuve
2. La caméra, un témoin équitable des rapports sociaux?
- Pour une visée réaliste des actualités cinématographiques
- Le film comme lien social
3. Apprendre à lire les images de l’ennemi
- Comment montrer Triomphe de la volonté? L’expérience de la cinémathèque du MoMA
- Comment interpréter les actualités nazies? L’apport de Siegfried Kracauer
4. Se confronter aux atrocités nazies
- Un horizon de violence et de mort
- Les histoires d’"atrocités"
- La couleur des archives
Deuxième partie: Les enjeux du Tribunal militaire international (Nuremberg, 1945-1946)
1. "Établir des faits incroyables au moyen de preuves crédibles"
- La concurrence des enquêtes sur les crimes de guerre
- Jackson face aux organisations juives
- La construction d’un procès "documentaire"
2. Faire entrer le film dans le prétoire
- La visibilité du crime
- Le film américain sur les camps: une preuve et un témoignage
- Parler au nom des victimes
- Les britanniques et les images de Belsen
- Les soviétiques et l’univers familier de la mort
- L’image comme tiers dans le tribunal
3. Prendre l’ennemi à ses propres images
- Hess devant son image
- Le "Plan nazi"
- La place des dirigeants nazis
- L’aura du Führer
- L’effet du "Plan nazi" à l’audience
Troisième partie: Nuremberg, une histoire mise en images
1. Des nations désunies face à l’idéal d’une justice universelle
- Une justice universelle, une vision américaine
- La place du citoyen et du spectateur allemands
- Au nom des martyrs et des victimes: Nuremberg vu par les soviétiques
- Les américains privés des "leçons" du procès
- L’"étrange victoire" de 1945 vue par Leo T. Hurwitz
2. L’archive documentaire et le récit de fiction
- "Un pas en avant": Orson Welles et les images des camps
- "Il faut que tu regardes": Samuel Fuller et la dénazification
- "Comment osent-ils nous montrer ces films?": Stanley Kramer et la projection, à Nuremberg, des images des camps
Quatrième partie Le temps de la justice filmée (de 1945 à nos jours)
1. Des procès au présent ou au passé?
- Le présent de l’histoire: le procès Eichmann télévisé
- Le souci de l’archive historique: les procès français
2. Des audiences en images, des images à l’audience
- "Calme et patience": le "droit fil" du procès Touvier
- Vers des tribunaux « ouverts"
3. Le visage de l’histoire
- L’adresse inaugurale de Marie-Claude Vaillant-Couturier
- Hausner et les survivants de l’holocauste
- Au procès Barbie, le problème de la crédibilité des témoins
4. La place du spectateur
- Des images montrées à huis-clos: une "expérience pénible" à Jérusalem
- Un événement public: la projection au TPIY du film d’un massacre
Conclusion
Annexes
Bibliographie
Remerciements
Index
Tags: Delage, documentaire, edition
Commentaires
1. Le mercredi 22 mars 2006 à 15:39, par Oliv
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