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Navigant entre l'appel aux bons sentiments des organisations humanitaires et le métissage-alibi des publicités Benetton, les spots et autres visuels ne paraissaient guère susceptibles de soulever la critique. Quelques voix isolées dénonçaient le conformisme de la campagne. Mais c'est la mise en circulation sur le web, le 22 novembre, d'une photographie de 1935 montrant un slogan identique sous un portrait d'Hitler qui déclenche la polémique (voir ci-contre). Une fois vérifié qu'il ne s'agissait pas d'un photomontage, mais d'un véritable document (issu d'un ouvrage historique illustré), la presse se fait l'écho d'une remise en cause qui était jusque-là restée discrète. Plusieurs dénoncent les relents de nationalisme. Historiens et médiologues interviennent pour assurer que l'on pourra toujours trouver dans un recoin une archive justifiant un parallèle avec le passé nazi. Certains montrent du doigt la communauté des bloggers, accusée d'oeuvrer à la démoralisation du pays.

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Comme diverses polémiques récentes, celle-ci passe à côté de l'essentiel. Que le cocktail du nazisme et des blogs ait fait réagir les médias n'a rien qui puisse surprendre. Qu'il ait fallu un portrait de Hitler pour souligner l'ambiguïté du slogan est une particularité locale, d'une efficacité enviable. Plus intéressant est de noter que l'écho soulevé par la reproduction de 1935 doit beaucoup à sa mise en ligne sur le dépôt d'images Flickr (dont les procédures robotisées permettent la mise en avant d'une photographie en vertu de son ”interestingness”). Dès le 26 septembre, c'est sur Flickr que Johnny Hausler avait créé un groupe de discussion voué à produire parodies et détournements de ”Du bist Deutschland” (voir ci-contre: composition de Kathrin Jebsen-Marwedel, 10/12/2005). Une contre-campagne acide et drôle, vive et inspirée, témoignant à sa manière de la perception qu'ont les jeunes Allemands des problèmes de leur pays. Une initiative citoyenne, à n'en pas douter, à laquelle le web confère aujourd'hui les moyens de rivaliser avec une campagne institutionnelle de 30 millions d'Euros. Faut-il s'en plaindre ou s'en réjouir? Incriminer les blogs ou saluer ce rééquilibrage médiatique? On empruntera à Fotostoria sa conclusion: ”Politique et publicité ne font pas bon ménage lorsque, pour tirer ce pays en avant, on veut nous faire croire que la seule chose dont nous souffrons est une mauvaise image. Parfois, il peut aussi y avoir une image de trop.”

Références: