Argument: Apparu à l'heure de la démocratisation de la photographie, le courant pictorialiste s'est très vite situé dans une relation complexe avec l'amateurisme. Ambitieux, international, volontairement artistique, ce premier mouvement d'avant-garde constitué autour de la pratique photographique ne cesse de soulever des questions sur l'esthétique et la sociologie de la photographie.
Cette journée d'études propose, à l'appui d'études récentes de jeunes chercheurs, de revenir sur l'image parfois péjorative d'une photographie "à la remorque" de la peinture. On découvrira ainsi l'importance des techniques comme des théories et des stratégies de ces artistes photographes européens qui sont parvenus à unir l'histoire de l'art à celle de la photographie durant plus de vingt ans. La postérité du pictorialisme sera également évoquée, comme une figure encore mal définie de l'histoire de la modernité artistique.
10.00-10.15 Ouverture par Francis Ribemont (directeur du musée des Beaux-Arts de Rennes), Patrick Daum (conservateur au Musée des Beaux-Arts de Rennes), Nathalie Boulouch et Michel Poivert.
10.15-10.45 Michel Poivert (Université Paris I), Robert Demachy: confidences à Alfred Stieglitz.
La correspondance entre les deux animateurs du mouvement pictorialiste, en France Robert Demachy et aux États-unis Alfred Stieglitz, permet de jeter un regard original et profondément humain sur les relations internationales d'un courant artistique en quête de légitimité. L'analyse des lettres du Français montre à quel point la situation parisienne du pictorialisme se détériore dès l'année 1900, et comment Demachy s'efforce de transformer un mouvement amateur en une véritable avant-garde sur le modèle qu'affirme Stieglitz dès 1902 avec la Photo-Secession.
10.45-11.15 Sophie Triquet (Université Paris I), Antonio Canovas del Castillo et la photographie artistique espagnole.
A travers la personnalité de ce photographe madrilène, on tentera de dresser le portrait d’un amateur espagnol au début du XXe siècle. Il s’agira d’évoquer ses aspirations et ses rapports à la pratique photographique internationale de cette époque et de souligner plus précisément l’influence de l’école pictorialiste française dans sa formation. On pourra ainsi révéler l’importance des liens tissés entre la France et l’Espagne dont Canovas fut l’un des principaux représentants durant cette étape de l’histoire de la photographie dans ce pays.
11.15-11.30 Pause
11.30- 12.00 Nathalie Boulouch (CNRS/EHESS), Antonin Personnaz: pour une esthétique de l’autochromie
Autochromiste de la première heure, Antonin Personnaz a tenté de fonder une théorie esthétique de l'autochromie qui permette de donner à la pratique de la photographie couleur une légitimité au sein du Pictorialisme. L'analyse de ses principaux textes et de son rôle dans les débats contemporains permettra d'évoquer la question de la structuration et de l'inscription d'un champ nouveau dans l'histoire du mouvement international d'art photographique.
12.00-12.30 Pauline Lucet (Université Paris I), Les revues, organes de diffusion du mouvement pictorialiste italien.
Dans une géographie italienne éclatée, les revues de photographie ont joué un rôle essentiel dans la diffusion de l’esthétique pictorialiste. Vulgarisée par les bulletins des sociétés de photographie et les revues de photographie, la photographie pictorialiste en Italie donna naissance au tournant du siècle à La Fotografia Artistica, Rivista internazionale illustrata, organe majeur du mouvement et première revue italienne dédiée à la photographie artistique.

12.30-12.45 Discussion

14.30-15.00 Christian Joschke (EHESS) Formation du goût et sociétés photographiques: Le Portrait des Présidents (1899) de Théodore et Oscar Hofmeister.
Nombreux sont ceux qui, à la fin du XIXe siècle, critiquent le déclin du goût et pointent du doigt les responsables: la bourgeoisie sans lignage et sans tradition se fragmente, se spécialise, se laisse envahir par l’esprit du capitalisme; la photographie dénature l’art du portrait et incarne le déclin du goût bourgeois. Le tableau à thèse des frères Hofmeister, qui présente, en un portrait savamment composé, les trois «présidents» de la Société d’encouragement de la photographie amateur, est une réponse à cette déploration. Mais quelle est la spécificité de cette réponse par rapport aux thèses nietzschéennes censées resouder la société en fusionnant l’art et la vie? En quoi la société photographique offre-t-elle un modèle supérieur de réconcialition du monde social par la pratique des images?
15.00-15.30 Kristina Lowis (BHA), L’historiographie contemporaine de l’art à l’épreuve : lire l’esthétique de la photographie d’art de Willie Warstat en 2005.
Si l'académique Willi Warstat (1884-v.1935) était l'un des premiers à vouloir saisir le phénomène de l'esthétique du pictorialisme (dans le cadre de son travail plus généralement consacré à la photographie), ses écrits sont ici soumis à l'épreuve du temps: Formulées dans un contexte historique et artistique précis, comment les thèses de cette réception contemporaine ont-elles viellies? Quels sont les points communs de son analyse avec celles de ses contemporains, et, surtout, avec les nôtres, développées lors de ce colloque et dans les travaux l'ayant précédé? Une présentation de ses deux livres (L'esthétique générale de l'art photographique sur base psychologique, 1909, et La photographie artistique, son évolution, ses problèmes, son importance, 1913) nous permettra la comparaison avec des études actuelles du pictorialisme afin de mieux comprendre les enjeux d'une distance historique plus importante.
15.30-15.45 Patrick Daum (conservateur au Musée des Beaux-Arts de Rennes, commissaire de l’exposition), Introduction à la visite de l’exposition.
15.45-17.00 Visite libre de l’exposition.
17.00-17.30 Discussion.